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Patrice Loubier
À l’écoute, en secret

La scène est familière : la sonnerie d’un cellulaire retentit à l’improviste au milieu d’une conférence, d’une pièce de théâtre ou d’un cours – et si elle n’interrompt pas le discours de l’orateur, des comédiens ou de l’enseignant, à coup sûr elle viole un certain décorum et pourra irriter des auditeurs en rompant brièvement le fil de leur attention. S’ensuivront habituellement tous ces petits gestes nerveux et hâtifs du propriétaire distrait pris en flagrant délit de négligence qui cherche à faire taire son appareil aussi vite que possible. Mais ce bruit subit, ce bruit-nuisance, il est aussi alerte inopinée, brusque relance de l’attention, réveil soudain hors de l’absorbement de l’écoute, bref pur événement qui ravive l’attention dans le temps même où il la détourne. Il peut à ce titre être exploité délibérément comme accident fécond, pour le ressort du saisissement et de la perturbation qu’il pourra générer, et tel est le cas de certaines pratiques sonores qui opèrent dans le champ de l’intervention urbaine en embusquant dans la ville bruits intrus et sons insolites appelés à surgir inopinément dans la ville.
Ces interventions, indissociables du contexte dans lequel ils nous surprennent, comment les dire, les décrire, les archiver? À la différence des œuvres visuelles dont le rapport au site se prête plus commodément à la reproduction photographique ou vidéographique, la restitution de l’ambiance et de l’environnement urbain auxquels se greffe telle intervention sonore pose de plus singuliers défis.
Mais la pratique du bruit furtif soulève une autre possibilité : celle de l’écoute elle-même en tant qu’activité clandestine et dérobée, écoute dont Peter Szendy a montré combien elle a partie liée avec le secret – l’une des formes anciennes du mot, rappelle-t-il, l’« escoute », désigne un « lieu où on écoute sans être vu » (Sur écoute. Esthétique de l’espionnage, Paris, Minuit, 2007). Nous voudrions montrer comment l’intervention sonore ouvre ainsi sur une écoute élargie du réel lui-même, écoute du bruit accidentel ou du détail sonore puisée à l’immédiateté banale, et constituée dès lors comme activité esthétique faisant corps avec la quotidienneté vécue.

Patrice Loubier est critique et historien de l’art. Il a signé de nombreux textes dans des périodiques, des ouvrages collectifs et des catalogues d’exposition, en s’intéressant notamment à l’art d’intervention. Avec Anne-Marie Ninacs, il est à l’origine des Commensaux, programmation spéciale du Centre des arts actuels Skol consacrée à ce type de démarches (Montréal, 2000-2001). À titre de commissaire, il a d’ailleurs contribué à des événements tels Orange (centre Expression, Saint-Hyacinthe, 2003), la Manif d’art 3 (Québec, 2005) et Espace mobile (VOX, Montréal, 2008). Il a aussi siégé aux comités de rédaction des revues ESSE et Inter, de même qu’au comité d’experts sur la base de données en art public du centre Artexte. Patrice Loubier a enseigné l’histoire de l’art comme chargé de cours à l’Université de Montréal et à l’Université d’Ottawa, et s’est joint en 2005 à l’UQAM.

Jumelé avec l’artiste

Danielle Raymond explore la vidéo et la matière sonore depuis plus de dix ans.  Sa pratique artistique intègre la vidéo, l’art sonore et l’écriture. Elle m’intéresse aux notions d’archives cinématographiques familiales et à leur ontologie. Puisant dans une abondante banque d’archives cinématographiques familiales remédiatisées, sa pratique consiste à réactiver ces images par des projections in situ. Elle capte en direct la projection de courtes séquences, tirées de sa banque d’archives, dans des lieux choisis pour leur capacité et leurs qualités matérielles à révéler l’image ancienne. Ces images du passé s’actualisent dans un lieu différent de celui de leur origine, mais elles pointent un détail commun aux deux images : l’image projetée sur diverses surfaces, telles que le feuillage tapissant un sous-bois, le rivage près d’un cours d’eau ou un sol recouvert de neige fait revivre au présent l’image du passé.

En parallèle, elle crée des récits  et des ambiances sonores à partir de divers bruits tels que des sons prélevés de la nature, des extraits musicaux et des sons déclinés provenant d’objets domestiques. Les trames sonores deviennent des structures qui rivalisent, dialoguent et se heurtent aux images vidéographiques.

En 2011, elle a participé au 29e FIFA Festival International du Film sur l’Art à Montréal, au festival Traverse Vidéo à Toulouse et au P’Silo Festival Images Contre Nature à Marseille.

 

Colloque_2012

 

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